Histoique et descriptif

Musashi Miyamoto



Musashi Miyamoto (武蔵 宮本), de son vrai nom Takezō Shinmen (Miyamoto étant le nom de son village de naissance et Musashi, une autre façon de lire les idéogrammes écrivant Takezō),

(1584—19 mai 1645) est l'une des figures emblématiques du Japon et le plus fameux escrimeur de l'histoire du pays.

 Son grand-père était un très bon escrimeur et son seigneur Shimmen Iganokami, en récompense, lui permit de porter son nom de famille. C'est pourquoi Musashi a signé le Traité des Cinq Roues du nom de Shimmen Musashi. Le père de Musashi était connu sous le nom de Munisai ou Muni. Pour des raisons obscures, peut-être à cause de la jalousie qu'il avait suscitée autour de lui, Munisai s'éloigna de l'entourage du seigneur Shimmen et se retira dans le village de Miyamoto-mura situé aux alentours. Il semble que Musashi y soit né et ce serait là l'origine du surnom qui lui fut donné : Miyamoto Musashi.

 Son père mourut alors qu'il était âgé de 7 ans. Selon une légende qui semble sans fondement, Miyamoto Musashi se serait moqué de son père escrimeur et aurait fini par l'impatienter. Ainsi un jour que Munisai était occupé à se tailler un cure-dent, à bout de patience il lança son couteau en direction de Miyamoto Musashi qui l'esquiva de la tête. Encore plus furieux, Munisai aurait lancé une seconde fois son couteau en direction de son fils. Mais Musashi sut l'esquiver à nouveau. Hors de lui, Munisai l'aurait chassé de son foyer, ce qui le contraignit à passer son enfance sous la tutelle de son oncle, moine et propriétaire d'un monastère.

 Il combattit en duel et tua pour la première fois à 13 ans (contre Arima Kihei en 1596). Âgé de 17 ans, il participa à la bataille de Sekigahara (1600) qui vit la victoire de l'armée de Ieyasu Tokugawa suite à la mort de Hideyoshi Toyotomi. Engagé dans le camp des perdants, il fut laissé pour mort sur le champ de bataille. Jusqu'à l'âge de 29 ans, il participa à une soixantaine de duels, la plupart avec un sabre en bois (bokken) alors que ses adversaires avaient de vrais sabres (katana). Son dernier duel (le plus fameux) eut lieu le 13 avril 1612 contre l'autre plus grand escrimeur du Japon, Kojirō Sasaki, qu'il vainquit sur l'île de Fuma grâce à un long bokken, taillé dans une rame du bateau qui l'y amenait. Il arrêta ensuite les duels, puis fut chargé du commandement d'un corps d'armée du seigneur Ogasawara et participa au siège du château de Hara en 1638, lors de la révolte des chrétiens menés par Shirō Amakusa. À l'âge de 59 ans (1643) il part pour le mont Iwato, situé près de Kumamoto, où il s'installe dans la grotte de Reigan-dô ("Grotte du Roc-Esprit"). Il y dispose une table basse, et le 10 du dixième mois commence à rédiger Gorin no shō.

 Il créa une école d'escrime (ryū) nommée tout d'abord École des deux sabres (Niken ryū), puis École des deux cieux (Niten ryū), mais ayant un style hors du commun (utilisation simultanée de deux sabres, l'un court, l'autre long) et peu d'audience auprès de l'empereur, son style ne perdura pas. Son école est aussi appelée Hyôhô Niten Ichi Ryû (le "hyoho" signifiant stratégie est un enseignement capital dans son école)

 Aujourd'hui son école existe toujours et est assurée par une lignée de maîtres qui descendent directement des disciples de Musashi. Cette école est la Hyōhō Niten Ichi ryū (Première École des Deux Cieux).

 On retrouve également plusieurs écoles dans le monde au suffixe Niten Ichiryu mais elles n'entretiennent officiellement aucune sorte de lien d'héritage avec Hyoho Niten Ichiryu.

 Gorin no shoō


Musashi Miyamoto tuant un nue, peint par Utagawa Kuniyoshi (1798-1861).

 Il est l'auteur d'un ouvrage de stratégie, le Gorin no shō , écrit à l'âge de 60 ans, traduit en français par Livre des cinq anneaux ou Traité des cinq roues. Vers la fin de sa vie, il médita et fit une introspection sur son passé et son expérience ; il en déduisit que les principes qu'il avait mis en œuvre dans son art martial (duels) pouvaient aussi être mis en œuvre non seulement en stratégie militaire (affrontement de masse) mais aussi dans tous les domaines. Les « cinq anneaux » ou « cinq cercles » font référence aux cinq étages des monuments funéraires bouddhiques (gorintō) qui représentent les cinq éléments de la tradition japonaise.
 Le livre comporte donc cinq chapitres :

Terre : Musashi explique ici les grandes lignes de sa tactique et pour rendre plus accessibles ses explications il la compare au métier de charpentier.

 Eau : Musashi expose une méthode destinée à se forger soi-même physiquement ou spirituellement. Il explique comment conserver la vigilance de l'esprit, le maintien du corps, des yeux, comment tenir un sabre et s'en servir, la position des pieds, etc. Tout ce qu'il écrit se fonde sur sa propre expérience, acquise tout au long de sa vie à force de combats et d'exercices menés sans relâche pendant de nombreuses années. Ce qu'il écrit n'est pas le fruit de son imagination, et chacun peut en tirer profit pour soi-même quelque soit le genre de vie que l'on ait.

 Feu : Musashi explique la tactique à appliquer dans le simple duel et dans les grandes batailles. Musashi pense que les mêmes règles les régissent.

 Vent : Critiquant les caractéristiques des autres écoles, Musashi fait ressortir l'esprit philosophique de son école Niten.

 Vide : Un énoncé de l'idéal du samouraï ; la notion de vacuité en tant que but à atteindre est un thème récurrent dans les budō et l'aboutissement de la tactique de Musashi peut se résumer en un mot : Vide. Le Vide est comparable au firmament purifié de tous les nuages de l'égarement.



Le Traité des Cinq Roues

 Ce traité porte sur les arts martiaux et plus particulièrement l’escrime. Mais les principes qu’il énonce trouvent aussi à s’appliquer à toutes les activités de nature stratégique, à tous les gestes de la vie quotidienne : "Je comprenais bien, écrit Musashi, comme il est difficile de maintenir une position face aux événements. [...] J’ai appliqué les principes (avantages) de la tactique à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je n’ai de maître."

 Le Traité des Cinq Roues n’est donc pas seulement un livre de stratégie guerrière ou pour l’action. C’est aussi un guide sur la Voie, qui énonce les principes d’un art de vivre. Livre à la fois d’action et de sagesse, ou plutôt de sagesse dans l’action, il révèle le secret d’une stratégie victorieuse, d’un trajet initiatique qui passe par la maîtrise de soi.


A 60 ans, Musashi écrivit en quelque sorte son testament au travers du Traité des Cinq Roues, deux ans plus tard, sentant sa fin approcher, il écrivait, le 12 mai 1645 :

La Voie à suivre seul

-Ne pas contrevenir à la Voie immuable à travers les temps.
-Éviter de rechercher les plaisir du corps.
-Être impartial en tout.
-N'être jamais cupide durant toute la vie.
-N'avoir aucun regret dans les affaires.
-Ne jamais jalouser autrui en bien ou en mal.
-Ne jamais être attristé par toutes séparations.
-N'éprouver aucune rancune ou animosité vis-à-vis de soi ou des autres.
-N'avoir aucun désir d'amour.
-N'avoir aucune préférence en toutes choses.
-Ne jamais rechercher son confort.
-Ne jamais rechercher les mets les plus fins afin de contenter son corps.
-Ne jamais s'entourer, à aucun moment de la vie, d'objets précieux.
-Ne pas reculer pour de fausses croyances.
-Ne jamais être tenté par aucun objet autre que les armes.
-Se consacrer entièrement à la Voie sans même craindre la mort.
-Même vieux n'avoir aucun désir de posséder ou d'utiliser des biens.
-Vénérer les bouddhas et divinités mais ne pas compter sur eux.
-Ne jamais abandonner la Voie de la tactique.

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